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LAÏ LAÏ LAÏ LAÏ
Création 2008
Projet chorégraphique de Laurence Yadi et Nicolas Cantillon en collaboration avec Alexandre Joly et Régis Marduel
Interprétation: Nicolas Cantillon, Alexandre Joly, Régis Marduel et Laurence Yadi
Lumières: Jean-Philippe Roy
Réalisation des costumes: Mathilde Gallay Keller, Maria Galvez
Guitare et chant: Nicolas Cantillon
Ambiance sonore: Alexandre Joly
Collaboratrice artistique: Graziella Jouan
Production : Compagnie 7273 (Suisse – France)
Coproduction: Les Subsistances, Lyon (F), O Espaco do Tempo, Montemor-o-novo (P), Dampfzentrale, Berne (CH), Gessnerallee, Zurich (CH)
Soutiens: Pro Helvetia – Fondation Suisse pour la culture, Etat de Genève – Département de l’instruction publique, Ville de Genève – Département des affaires culturelles, Loterie romande, DRAC Rhône-Alpes, Stanley Thomas Johnson Foundation, Conseil Général de la Haute-Savoie et Fondation Corymbo / mediathek tanz.ch
Résidences de création: Studios de l’ADC, Genève - Les Subsistances, Lyon - O Espaco do Tempo, Montemor-o-novo
La danse comme pulsion de jeu
Après l'incandescence solitaire de Climax, la compagnie 7273 propose une pièce pour quatre danseurs, Laï laï laï laï qui place le spectateur dans un espace indéfini entre concert folk et fantasmagorie.
À l’origine du projet, on trouve une aspiration de la compagnie à s'éprouver, à sortir de sa spécialité pour se risquer à la composition musicale et au chant. Une volonté de se "gauchir", de devenir "gauche", de revendiquer une forme d'innocence comme principe régénérateur de la création. A l'instar d'un Henri Michaux dont la pratique de peintre vient compléter les insuffisances du langage poétique : "C'est pour m'avoir libéré des mots, ces collants partenaires, que les dessins sont élancés et presque joyeux. Aussi vois-je en eux, nouveau langage, tournant le dos au verbal, des libérateurs" (Mouvements).
Le changement de registre opère : le lexique habituel de la compagnie, plutôt minimaliste, joue désormais pleinement de tous les ressorts de la scénographie. A commencer par la musique folk, composition originale à la guitare jouée "live" par Nicolas Cantillon et chantée par lui en "yaourt", selon un parti pris de distanciation avec la posture du "chanteur à message". Il ne s'agit pas de trop dire. La musique folk, avec son souffle libertaire, est suffisamment parlante, riche d'évocations inspiratrices pour le spectacle.
Sanglé dans son costume sixties, Nicolas Cantillon est l'intercesseur d'un autre monde, sorte de passeur Lynchéen. Le concert structure l'espace dans lequel se déploient trois personnages : Laurence Yadi, Alexandre Joly et Régis Marduel offrent une vision de faunes arborant masques, postiches et robe de bure.
Trois hiéroglyphes, trois créatures intermédiaires, trois représentants monstrueux d'un territoire oublié: puissance psychologique du costume qui accomplit une sorte de retour aux origines, à la manière du rêve. Sur ce tapis, véritable aire de jeu, peuvent se tisser des relations entre ces personnages ; jeu de formes qui sollicitent le hasard et la rencontre avec l'autre. Ainsi de cette séquence qui voit les créatures jouer au solitaire, comme pour nous mettre sur la voie d'une règle ancestrale, sur la voie seulement car la pièce distille un climat pré-réflexif, primitif et baigne le spectateur dans un état de conscience rêveuse : "il y a quelque chose qui participe de l'esprit d'une opération magique dans cette intense libération de signes (…)" (Antonin Artaud Le théâtre et son double).
Ponctuant l'action, une bande-son orchestrée par Alexandre Joly -dont l'acuité fait merveille ici-, déréalise un peu plus l'ensemble et semble faire référence à une partition en partie effacée. Laï laï laï laï fonctionne comme un programme ouvert dont les composantes sont productrices de fantasmes. Loin de toute sclérosante nostalgie, la compagnie nous invite à un rite de passage, stimulant et nécessaire.
"Come a little bit closer (…)
just like children sleeping (…)
we can dream this night away (…)
because I'm still in love with you
I wanna see you dance again…"
Neil Young, Harvest moon.
Graziella Jouan
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